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Prix Diane Potier-Boès : la Tunisienne Manel Belhadj Ali sacrée

Une chercheuse tunisienne récompensée par l’Académie française pour ses travaux sur les échanges culturels entre l’Orient et l’Occident

La chercheuse tunisienne Manel Belhadj Ali, docteure en littérature comparée (Sorbonne-Paris IV), a reçu en juin 2026 le prestigieux prix d’histoire Diane Potier-Boès de l’Académie française pour son ouvrage Le romantisme français et la renaissance arabe. Héritages croisés, publié chez UGA Éditions.

Cette distinction récompense un travail consacré aux relations culturelles entre la France et le monde arabe, mettant en lumière les influences réciproques entre le romantisme français et la Nahda, la Renaissance arabe des XIXᵉ et XXᵉ siècles.

Une nouvelle lecture des échanges culturels

À travers son ouvrage, Manel Belhadj Ali démontre que les traducteurs égyptiens et syro-libanais ne se sont pas contentés de traduire les œuvres françaises. Ils les ont adaptées, transformées et intégrées à leur propre culture, créant ainsi des œuvres originales. Cette approche, qu’elle qualifie d’« occidentalisme » (Istighrāb), propose un regard du monde arabe sur l’Occident, loin des rapports de domination ou d’imitation.

Pour la chercheuse, l’Orient et l’Occident ne s’opposent pas : ils dialoguent et s’enrichissent mutuellement à travers l’histoire.

Des classiques français réinventés

L’ouvrage revient notamment sur plusieurs exemples marquants. Le roman Sous les tilleuls d’Alphonse Karr est devenu, après adaptation, le célèbre roman arabe Majdoulîne, considéré aujourd’hui comme un classique de la littérature arabe et même porté au cinéma.

Autre exemple emblématique : Hernani de Victor Hugo, transformé par des dramaturges arabes qui déplacent l’action de l’Espagne médiévale vers la cour des Omeyyades, faisant d’Hernani le personnage de Hamdan.

La chercheuse montre également comment le célèbre poème Le Lac d’Alphonse de Lamartine a trouvé une résonance particulière dans la poésie arabe grâce aux traductions de grands poètes égyptiens, qui en ont conservé la musicalité tout en l’inscrivant dans les traditions poétiques arabes.

Une reconnaissance pour la recherche tunisienne

Pour Manel Belhadj Ali, cette récompense constitue une reconnaissance du dialogue interculturel porté par ses recherches, mais aussi une grande fierté pour la Tunisie. Elle espère que cette distinction encouragera davantage de chercheurs tunisiens à publier leurs travaux et à faire rayonner la recherche scientifique tunisienne à l’échelle internationale.

À travers cette œuvre, l’Académie française distingue une vision où les échanges entre les cultures ne relèvent ni de la domination ni de la copie, mais d’une création commune qui a profondément marqué l’histoire littéraire des deux rives de la Méditerranée.

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